Cinéma / Série

La final girl du slasher, de survivante vertueuse à héroïne subversive

Théorisée par Carol J. Clover, la survivante des slashers a d’abord récompensé la pureté, avant que Scream ou Midsommar ne bousculent ses codes.

Marc Costa Par Marc Costa
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La final girl du slasher, de survivante vertueuse à héroïne subversive
La figure de la final girl, survivante des slashers, évoque souvent des nuits sombres comme ici : une femme tient une bougie en lisière de forêt.

La final girl, c’est la dernière jeune femme encore debout quand le tueur a fini son œuvre. Le terme, popularisé par la chercheuse américaine Carol J. Clover, désigne l’héroïne type des slashers des années 1970 et 1980, ces films où un assassin, souvent masqué, élimine une bande de jeunes un par un. Survivante courageuse pour les uns, produit d’une morale très conservatrice pour les autres, elle reste au cœur des soirées horreur, notamment autour d’Halloween.

En bref

  • Le terme, popularisé par la chercheuse américaine Carol J.
  • Judith Beauvallet, créatrice de la chaîne YouTube Demoiselles d’horreur, le résume ainsi dans Marie Claire :
  • Vogue, lui, estime que le concept est revisité à chaque nouveau film d’horreur, au rythme des évolutions culturelles.

Une survivante née sous la plume d’une chercheuse

Les repères diffèrent légèrement selon les publications. D’après Vogue, l’expression apparaît pour la première fois dans le livre de Carol J. Clover Men, Women, and Chainsaws, paru en 1992. Marie Claire situe plus tôt la théorisation du concept, à la fin des années 1980, dans un article de la même chercheuse consacré au genre dans le slasher. Dans les deux cas, l’idée est la même : à l’issue de la confrontation finale, une seule fille reste en vie, et ce personnage s’impose comme un passage obligé du genre durant deux décennies.

Selon Marie Claire, Clover la décrit comme une héroïne « à la garçonne », pas tout à fait féminine au sens où le sont ses amies. Ce qui la distingue, c’est son intelligence, son sérieux et sa réticence face au sexe. Le site américain Collider dresse un portrait voisin : une jeune femme posée, rapide dans ses réflexes, généralement sobre et chaste, et capable de traverser les épreuves les plus atroces.

Sally, Jess, Laurie, les pionnières

Désigner la toute première final girl relève presque du jeu entre fans. Trois noms reviennent :

  • Sally, interprétée par Marilyn Burns dans Massacre à la tronçonneuse (1974) : Collider la tient pour la première probable, et Marie Claire la compte parmi les deux héroïnes qui ont servi de base aux codes.
  • Jess, jouée par Olivia Hussey dans Black Christmas, sorti la même année : certains la placent en tête, rappelle Collider.
  • Laurie Strode, campée par Jamie Lee Curtis dans Halloween (1978) : Vogue en fait l’exemple parfait, et Marie Claire l’associe à Sally comme modèle fondateur.

La vertu récompensée, le désir puni

Derrière la survivante, il y a une logique sexiste que Vogue décrit sans détour : les filles qui s’en sortent épousent ce que la société a de plus conservateur, alors que les victimes paient de leur vie d’avoir assumé leur désir. Judith Beauvallet, créatrice de la chaîne YouTube Demoiselles d’horreur, le résume ainsi dans Marie Claire :

« Dans les premiers slashers, la final girl représente la supériorité de la virginité, de la pureté en termes sexuels. »

Rangées de fauteuils rouges dans une salle sombre, avec deux panneaux EXIT lumineux au fond et une silhouette près d’une porte.
Une salle sombre aux fauteuils rouges : un décor qui évoque l’univers de l’horreur où évolue la final girl, sans montrer de film précis. Source : Pexels. Photographe : Abhijit Dey. Licence Pexels.

Judith Beauvallet, créatrice de la chaîne YouTube Demoiselles d’horreur

La spécialiste précise que l’héroïne doit d’abord attirer le regard, afin que le film puisse montrer ensuite qu’elle se détourne du désir ou s’en protège.

De son côté, Marie Claire écrit que la final girl perpétue des normes bien précises : blanche, jolie, issue de la classe moyenne, elle est appréciée de son entourage. Le magazine y voit une figure restée attachée à une époque qui se posait peu la question de la diversité.

Il y a pourtant eu des exceptions dès le départ. Vogue relève le cas de Jess dans Black Christmas : l’héroïne a recours à un avortement et survit malgré tout, un contre-exemple précoce à la règle de la vertu récompensée.

De Scream aux héroïnes qui renversent le jeu

Le virage arrive avec Scream de Wes Craven, en 1996. Sidney Prescott y ment, se met en colère, a une relation sexuelle, et survit quand même. Vogue y voit l’ouverture d’une nouvelle ère pour toutes les final girls, Marie Claire un tournant féministe dès ce premier épisode. Depuis, des films plus récents détournent franchement le modèle, comme le résume ce tableau, qui reprend les exemples cités par Vogue.

Film Ce qui bouscule le modèle selon Vogue
Scream (1996) Sidney Prescott survit sans être un modèle de vertu
Midsommar Dani paraît la survivante parfaite, puis devient elle-même tueuse
Suspiria de Luca Guadagnino (2018) L’héroïne ne s’échappe pas, elle prend le pouvoir
It Follows, The Witch Les héroïnes triomphent grâce à leur sexualité

Une figure longtemps blanche

Vogue souligne que la majorité des final girls sont blanches, et rapproche ce constat d’une étude menée en 2017 par le centre de Georgetown Law sur la pauvreté et l’inégalité : les adultes jugent les femmes noires moins innocentes et moins fragiles que les femmes blanches. Le magazine rappelle aussi une phrase attribuée à Alfred Hitchcock : « Les blondes font les meilleures victimes. Elles sont comme la neige vierge qui fait ressortir les traces de sang. »

Judith Beauvallet observe que les jeunes femmes noires apparaissent surtout dans des reprises, comme Black Christmas et Slumber Party Massacre, plutôt que dans de nouveaux slashers. Vogue cite en revanche Lupita Nyong’o et Keke Palmer, à l’affiche des films Us et Nope de Jordan Peele, comme des final girls modernes : dans l’œuvre du cinéaste, le racisme et les inégalités deviennent la source de l’épouvante.

Quant à l’avenir du personnage, Marie Claire juge que la final girl est devenue si archétypale que la reprendre au premier degré n’aurait plus grand sens aujourd’hui, tout en laissant une place à la nostalgie des films cultes. Vogue, lui, estime que le concept est revisité à chaque nouveau film d’horreur, au rythme des évolutions culturelles.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : cottonbro studio. Licence Pexels.

Marc Costa

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Marc Costa

Marc Costa écrit pour UnMec.fr l'actualité du jour, le football et la mode masculine. Passé par la presse sportive locale, il a gardé le réflexe de vérifier le score avant de commenter un match et celui de regarder les coutures avant de recommander une veste. Il vit à Marseille, supporte l'OM sans illusions et repasse ses chemises en lin plus mal qu'il ne l'avoue.