Depuis quelques années voire décennies, le marché du piano est partout dans le monde envahi par les fabricants asiatiques. Ceux-ci sont principalement chinois, japonais, coréens et indonésiens. Malgré tout, quelques marques européennes résistent, notamment du côté de l’Allemagne dont les pianos C. Bechtsein sont très réputés (par exemple). Son meilleur piano droit coûte tout de même la coquette somme de 40 000 €… Les Français, eux, sont les grands absents : il semblerait que les centres de production hexagonaux ferment les uns après les autres. Trois petites possibilités demeurent cependant pour un piano français comme les aimait Louis de Funès

Chavanne à Toulouse

Officiellement, le « made in France » a le vent en poupe auprès des consommateurs… lorsqu’ils sont prêts à acheter plus cher de la marchandise locale. Les pianos représentant un bel investissement, les Français ont préféré massivement s’adresser à des fournisseurs étrangers chez lesquels la main-d’œuvre était meilleur marché. Cela explique la disparition des grands du piano français : Rameau, Erard… Mais les petits indépendants ont aussi eu d’importantes difficultés, à l’instar de Chavanne. Un journal télévisé toulousain en parlait en 2011 :

Aujourd’hui, le pire pour Chavanne, un fabricant toulousain, est passé. À une époque, on accusait la firme de retaper des pianos japonais d’occasion ou d’assembler des pièces fabriquées en Asie. Maintenant, la transparence est au rendez-vous. Le modèle tout-venant 120 va d’ailleurs disparaître du marché européen pour ne concerner que l’Indonésie et l’Asie. Les pianos à queue 158 et 172 ne sont qu’assemblés à L’Union dans le 31. Même chose pour les modèles droits 123 et 118s.

En revanche, le haut de la gamme est vraiment français : il s’agit du Chavanne demi-queue 187 cm à 22 000 € (comparé il y a quelques années par la revue Pianiste à un Pleyel presque deux fois plus cher) et du droit 132FR (8 000 €). Ces deux modèles devraient faire la gloire d’une entreprise ressuscitée grâce à un apport de personnel neuf et qualifié après la fermeture de l’usine Pleyel. Dans tous les cas, malgré des détracteurs tenaces, ces instruments proposent un rapport qualité-prix très difficile à égaler.

Paulello en Bourgogne ?

Stephen Paulello est à la tête d’une entreprise toujours installé dans l’Yonne, en Bourgogne. On a reproché à ce fin connaisseur des mécaniques d’avoir vendu ses services à un géant chinois du piano : Hailun. Mais le fait est que Paulello maîtrise la fabrication de pianos de grande qualité, avec des cordes d’une technologie remarquable faisant rayonner à l’international le savoir-faire français. Les pianos Paulello sont ainsi intégralement fabriqués en France, mais cela se paie. Cependant, quand on écoute le fameux Opus 102, ça donne envie :

Les principaux modèles sont un piano droit conçu en 2013, un quart-de-queue, deux demi-queue (2,17 à cordes croisées et 2,20 m à cordes parallèles) et deux pianos de concert ayant respectivement des queues de 2,87 et 3 m (même différence de cordes). Il faudra débourser entre 80 et 170 000 €, ce qui n’est pas donné à tout le monde. C’est vraiment du haut de gamme, Stephen Paulello aimant son métier à la perfection et restant un pianiste dans l’âme.

La possible résurrection de Pleyel

Les pianos Pleyel d’occasion sont encore relativement nombreux sur le marché de la seconde main. C’est sans doute le géant français du piano à avoir survécu le plus longtemps. L’unité de production de Saint-Denis a malheureusement fermé après l’annonce de 2013. Dans le monde musical français, cette disparition a été un choc.

Heureusement, en région nantaise, la PME Algam a racheté la marque Pleyel en vue de reprendre la production. Des pianos à queue de qualité seront fabriqués en France (une cinquantaine par an), mais tous les instruments droits seront malheureusement délocalisés en Corée du Sud. Les premiers produits devraient sortir dès la fin de l’année, si tout va bien… Mais il semblerait qu’un peu de retard soit au rendez-vous. À suivre !

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