Fashion Week de Paris : lune, lustres et voitures suspendues
Lune et oiseaux au Grand Palais, lustres dorés au Trocadéro, voitures suspendues au Louvre : les décors de la saison printemps-été 2027.
À Paris, la saison printemps-été 2027 a mis les décors au premier plan. Chanel a installé une lune et une nuée d’oiseaux sous la nef du Grand Palais, Saint Laurent a suspendu des lustres dorés face à la tour Eiffel, et Louis Vuitton a fait flotter des voitures conceptuelles au-dessus de la Cour Carrée du Louvre.
En bref
- Pour Chanel, le Grand Palais est un décor familier : la maison s’y installe à chaque saison depuis l’époque de Karl Lagerfeld, rappelle Vogue .
- Dries Van Noten a au contraire choisi le dépouillement au Carreau du Temple, un décor blanc, minimaliste et silencieux où le vêtement parle seul.
- Une mise en scène forte peut compenser un vêtement moyen, et peut même faire parler davantage que lui une fois le défilé converti en contenu en ligne.
Trois scénographies en tête d’affiche
Pour Chanel, le Grand Palais est un décor familier : la maison s’y installe à chaque saison depuis l’époque de Karl Lagerfeld, rappelle Vogue. Cette fois, le regard allait droit vers un groupe d’oiseaux en vol au-dessus duquel une lune restait accrochée sous la verrière, un tableau qui renvoie au Merveilleux voyage de Nils Holgersson. Le magazine ajoute que ce rendez-vous tombait un an après les débuts de Matthieu Blazy dans le prêt-à-porter de la maison.
L’anniversaire a une résonance particulière. Selon Le Figaro, ce premier show avait réuni quinze planètes lumineuses sous la même nef, une mise en scène pensée avec Arnaud Selve. Le directeur artistique de Chanel décrit ainsi sa méthode : « Chaque défilé constitue un scénario, avec son décor, ses personnages, ses héroïnes, leurs garde-robes, sa bande originale ».
Chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a choisi la place du Trocadéro. Des lustres dorés d’une taille démesurée, coiffés de bougies, flottaient au-dessus du podium. Vogue y voit un hommage aux tout premiers défilés de haute couture de la maison, tenus dans le salon impérial de l’hôtel InterContinental. Le Figaro précise que la marque défile au Trocadéro depuis une dizaine d’années, à l’heure où la tour Eiffel s’illumine.
Louis Vuitton, enfin, s’est installé dans la Cour Carrée du Louvre. Nicolas Ghesquière a pris pour point de départ le désordre des villes, que la scénographie de James Chinlund transpose : des voitures aux lignes futuristes semblaient en suspension au-dessus d’un décor de pagaille urbaine.
Les autres lieux marquants de la saison
La semaine avait commencé place de la République avec le défilé de Matières Fécales, qui, selon Vogue, était une première dans l’histoire de la mode sur cette place. D’autres maisons ont multiplié les partis pris :
- Valentino : dans la bibliothèque Sainte-Geneviève, située en face du Panthéon, Alessandro Michele a mêlé mode et littérature autour de l’Antibiblioteca. Les invités étaient priés d’apporter leurs livres, ensuite confiés à des bibliothèques publiques de Paris et de région avec Bibliothèques Sans Frontières et d’autres associations.
- Dior : au jardin des Tuileries, le Bassin Octogonal baignait dans la brume, parsemé de camphriers.
- Balenciaga : au Tennis Club de Paris, un espace immaculé n’abritait qu’une œuvre, Les Coraux de la Liberté (2025) d’Aude Franjou, un immense corail.
- Acne Studios : au Collège des Bernardins, un galion de pirates, avec des lustres en cristal un peu partout et des tapis orientaux aux motifs déformés signés Faig Ahmed.
- Givenchy : à l’Hôtel des Invalides, Sarah Burton a puisé dans le Cirque Calder d’Alexander Calder, créé en 1926, pour la collection comme pour le décor.
- Rick Owens : au Palais de Tokyo, fumée, jets d’eau en forme de fontaines et podium surélevé, la marque de fabrique du créateur.
- Celine : aux Archives nationales, une hutte monumentale en palmier, pour un air d’été au moment où la capitale perdait ses derniers beaux jours.
Loewe a changé ses habitudes à l’Esplanade Saint-Louis : les invités s’asseyaient sur deux niveaux autour d’un podium circulaire. Dries Van Noten a au contraire choisi le dépouillement au Carreau du Temple, un décor blanc, minimaliste et silencieux où le vêtement parle seul.
Pourquoi tant d’efforts pour quinze minutes
Le Figaro souligne l’enjeu : en un quart d’heure, un décor doit retenir l’attention des invités présents comme celle d’un public mondial devant ses écrans. Il retrace aussi l’évolution du genre. Jusqu’aux années 1960, les présentations restaient sages, en petit comité dans les salons des maisons. Les années 1970 et 1980 ont apporté les défilés qui se terminent en fête, puis Karl Lagerfeld a basculé dans les superproductions pour Chanel dès les années 2000, avec parfois plus de trois mille invités.
Bruno Pavlovsky, qui dirige les activités mode de Chanel, affirme que « L’impact médiatique des défilés de mode suit une courbe exponentielle ». Il rapporte qu’une étude fondée sur l’algorithme de Launchmetrics a mesuré en 2025 un retentissement de la Fashion Week féminine deux fois plus fort que celui du Super Bowl.
Derrière ces images, un petit nombre d’acteurs. Trois sociétés, Villa Eugénie, La Mode en images et Bureau Betak, se répartissent l’essentiel du marché. Étienne Russo, qui a fondé Villa Eugénie en 1994 et produit près de quinze cents shows et after-shows, décrit un travail de cocréation avec les maisons. Après un premier échange avec la direction artistique, des moodboards circulent entre les équipes, parfois pendant près d’un an. Les budgets, ajoute le Figaro, peuvent afficher six zéros, voire davantage.
Le choix du lieu se complique aussi. Les marques émergentes, aux moyens limités, ont moins de possibilités. Le Figaro rappelle que les lieux « sauvages » qui ont fait la réputation de Vetements en 2018, ou de Martin Margiela au cours des années 1990, ne sont presque plus envisageables : les exigences de foule et de sûreté ne leur laissent plus de place. Emmanuel Heimann, de La Mode en images, résume : « Aujourd’hui, tout est plus anticipé et structuré. »
Reste un risque, que la sociologue Manon Renault, citée par Le Figaro, formule clairement : le spectacle peut absorber l’attention au détriment de la collection. Une mise en scène forte peut compenser un vêtement moyen, et peut même faire parler davantage que lui une fois le défilé converti en contenu en ligne.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Pedro J Pacheco. Licence : CC BY-SA 4.0.
